En fait, au départ, je voulais parler de l’album Magnum de Katerine, et j’ai recherché « Nu Disco » sur Wikipédia, et je suis un peu tombé sur le cul, quand j’ai lu cette phrase : « Starting in 2013, the 'Nu-disco style became mainstream, as disco-styled songs by artists like daft punk (with nile rodgers), justin timberlake, breakbot, bruno mars and robin thicke filled the pop charts in the UK and the US. » Il est vrai qu’elle pue cette étiquette (comme toutes les autres d’ailleurs…) Nu Disco. Ça pue les sales compil d’été avec des photo de filles ultra pouf sur la plage. Ça pue de la Beatport, des winter conferences, des pool parties de merde à Miami. Dans un monde ou la musique ne se vend plus comme au temps des supports matérialisés et de la règle douteuse des 70/30 (30% des artistes font 70% du marché), si la chose a été une tentative de mouvement, je trouve qu’il a eu le souffle très court, et qu’en désespoir de trouver une nouvelle forme de business model, il est prêt à vendre son âme dès le premier bifton tendu. Mais avant d’arriver au rejet complet, je vais peut-être me remémorer une vision toute personnelle et donc nullement académique et officielle de cette envie de retour à la Disco/House/Italo/àboire/àmanger/àvomiraussi.
IN DA CLUB…
J’ai adoré mon clubbing des années 80/90. Le M.A.D.Les extas de l’époque, la coke. J’ai vu le son évoluer avec l’arrivée de nouvelles drogues récréatives. La House et l’extasy étaient vraiment les deux piliers d’une parenthèse enchantée. Celle d’une rupture avec les ainés pour qui cette musique se résumait à de la merde, et ça me plaisait cette incompréhension, car le monde qu’ils nous faisaient était de la merde. Nous attendions juste naïvement leur retraite ou leur mort pour enfin prendre le contrôle, en attendant nous ébauchions une tentative de contre-culture. Le phénomène Rave inquiétait très fortement les autorités, et quand Charles Pasqua prit la décision de frapper un coup dur sur la région Rhône-Alpes (qui était très en pointe sur le mouvement), nous savions que papa était très en colère, parce que nous échappions à son contrôle.
Alors le clubbing oui. La House, l’Acid, la New Beat, La Trance (Transouille). Il y régnait une éducation de clubbing particulière en Suisse, on t’apprenait le bonne usage des drogue récréatives, le soucis de soi, des autres, et l’exta rendait les gens plus sociables, plus sensuels, plus doux. Le papier peint a commencé à tomber quand j’ai vu le switch avec la Kétamine. Les clubbers étaient plus intériorisés, renfermés, et anesthésiés aussi. Le son évoluait avec cette donne. Le coup fatal, ça a été avec le GHB. Quand ce produit est arrivé le son est devenu carrément chiant, monolithique, pauvre, et glauque. Les emmerdes sont arrivés aussi. Le fameux G hole. Les clubbers tombaient comme des mouches, organisateur de soirées, tu passais tes nuits à appeler des médecins 4H du mat’, et ça nous a bien niqué le clubbing pédé. Aujourd’hui encore, tu veux demander à des salles pour réaliser un clubbing gay, tu te prendras une fin de non recevoir. Le GHB était plus une drogue de baise qu’une drogue de club. Tu voyais sur la piste un type torse poil dormant debout soutenu par deux autres mecs qui le tenaient en sandwich, et de temps en temps, le comateux avait la velléité de sucer la bite d’un des deux pendant 4 secondes avant de s’écrouler, tout ça sur une musique de merde, voilà le tableau. À ce moment là, je savais que je ne voulais plus foutre un pied dans une soirée gay. Je voulais du son, je voulais danser, et voir des gens danser, même si j’étais le seul pédé du club. J’allais principalement au Rex (je suis arrivé sur Paris en fin 1998), et même les attitudes lourdingues de certains hétéro (cette manière de hululer en coeur, de chercher tout le temps le regard du dj avec la main en l’air,…) me semblaient moins horripilantes que la négation totale dont je vous ai fait l’ébauche précédemment, chez mes congénères. Nous portions une contre-culture et nous l’avions lâché. Pour un truc qui n’avait plus rien à voir avec la danse. Ni vraiment avec la baise non plus. Evidemment, les hétéro, pas cons ont ramassé la donne. Nous n’avons pas été volé, nous nous sommes juste fourvoyés.
LE SCANDAL DU CLUB DE LA VIANDE DE CHEVAL…
Dans ce Black Out le plus total, il y avait bien encore quelques tentatives parisiennes. KABP (c’était avant, mais c’était un clubbing de vieux qui aimait la disco et la house). NICK V. Mais pour moi, le vrai gros coup d’électrochoc est venu de Londres avec les soirées Horse Meat Disco. Le ras le bol était aussi de l’autre côté de la Manche et il fallait réunir à nouveau, la musique, la drague, la danse, et l’humain au centre de la piste, ralentir le tempo, retrouver le goût de la nuit. La chose a fait des émules. Disco Circus dans la foulée. Un groupe comme Crazy P. Des nouveaux DJ. Puis de l’autre côté de l’Atlantique, à New York, et plus précisément Brooklyn, Slow Disco ( avec Bianca Rose qui bossait chez le Disquaire Halcyon),Discovery. À L.A., avec A CLUB CALLED RHONDA. Tout ça dans un grand degré de follitude. Je tombais amoureux presque chaque mois d’un titre. Des compilations magnifiques comme « Based on Misunderstandings » me firent découvrir des talents comme Roland Appel, Mark E ou Soulphiction. Les premières compilations Future Disco gardent quelques pépites comme le « Beam Me Up » de Midnight Magic remixé par Jacques Renault, ou encore les premiers soubresauts du petit label NeedWant avec ce miracle qu’est « Loves Saves the Day » de Kaine Featuring Kathy Diamond. Partout, ça explosait de jolies fleurs comme un printemps hystérique. Les joyaux de Let’s Play House avec The Dead Rose Music Company, ou HNNY. Le Label We Play House avec FCL. La vague australienne avec la pépinière Future Classic à qui l’on doit Jeremy Glenn (on recycle les sons mais aussi les images), Mario & Vidis, ou Flume. Et puis scandinavement votre, le très sexy Todd Terje nous offrait des re-edits impensables comme ce "Dig You" de Demis Roussos.
En France on avait quoi? Sur Paris? BLT? Nick V, notre brave soldat, mais bon, ça n’est pas comparable vraiment, et la concentration pédé n’est pas là. Les gays sont encore très coincés dans des « soiréesrienqu’ànousavecdelaprogressiveavecdughbdedans ». La Disco, un symbole dans notre histoire, une musique de producteurs dont les français ont excellé. On a bien le très doué Onur Engin (turc, habitant à Paris) qui a réalisé de magnifiques Re-Edit de Diana Ross par exemple, mais avons-nous réellement une scène, je ne trouve pas. D’ailleurs, tout ces gens sont globalement connectés, ils sont largement « déteritorialisés », et si le mouvement s’essouffle à mon goût plus vite, c’est bien un effet des nouvelles technologies : tout le monde s’écoute, et donc la chose en vient à se répéter trop facilement.
Et quand wikipédia me parle des Daft Punk et de R.A.M., je m’interroge. Nu Disco? Ils sont arrivé après la bataille, non? Ou alors vachement avant? Je ne comprends plus. Il n’y a rien à comprendre vraiment, et de toutes façons je n’ai rien compris à cet album, je le dis cash. Pour moi un album comme The Drowing Board d’Art Department a plus de légitimité dans cette « chronologie/lecture » très personnelle, pour la simple raison que c’est un chef d’oeuvre ( House ). Les premiers singles jusqu’à la première mouture de l’album de Disclosure, je les mets dedans aussi. Leur concert à la Cigale était juste un pure moment de clubbing. Random Access Memory ressemble à une tentative de piratage de la vieille génération pour recapitaliser le tout. Le Featuring qui n’apporte rien de la très dépressive Mary J Blidge sur F is For You sent l’opération « je te sauve de la merde et tu me donnes une couverture mainstream intersidérale ». Voilà, c’est ça la Money Note au XXIème siècle. Tu vois une pub Lacoste prendre le magnifique remix de You & Me par Flume (Todd Terje, c’est comme ça que tu vas le vendre ton faux album?), tu entends les mains qui se frottent en appelant de leur voeux la cotation des bitcoins à Wall Street. Tu Likes, hein salope?
Alors voilà. Mouvement non-mouvement, géographiquement virtuel, concentré temporairement dans les dernières enclaves abordables (avant gentrification totale) des villes trop chères. Culture de vide grenier à galettes, archéologues chez discogs . Et quand tout aura été resucé/recyclé, et qu’un énième bidouilleur abusera du buffering pendant que l’émulateur de Michael Jackson sortira son quinzième album post-mortem, comment va s’exprimer le burn-out de la chose? Allons-nous nous réunir sur une page virtuelle de Facebook qu’on appellera je ne sais pas moi… « Nu Disco Sucks »? On « brûlera » des mp3 et on reprendra le manche de notre air-guitare?